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La
légende du pont
A
une époque, le pays était décimé par les fièvres paludéennes.
Les villages d'alentour se trouvaient chaque année plus ou moins
atteints. A ce propos, les malins racontent qu'après la disparition
des moines du prieuré, tous les ans, le 24 juin, vers minuit,
des fées en grand nombre se rendaient sur ce pont pour clôturer,
à leur manière, la fête de Saint Jean.
Tandis que tout dormait aux environs, ces fées, revêtues ce soir
là de leurs plus beaux atours, se voyaient servir comme par enchantement
le festin le plus somptueux qu'on puisse imaginer ; à la fin,
ivres de joie, elles ôtaient leurs riches parures et, tout autour
d'un grand feu, dont la flamme montait jusqu'au ciel, elles dansaient
la farandole in albis.
Puis, après de nouvelles et copieuses libations, elles tiraient
au sort pour désigner le village qui aurait les fièvres l'année
suivante. Mais, soit préférence, soit rancune à l'égard de tel
ou tel village, certaines fées en venaient parfois à se quereller,
à se disputer furieusement, à se pendre même aux cheveux !!!
Finalement, suivant que le sort en était jeté et proclamé, Aigues-Vives,
Saint Frichoux, Laure, Puicheric, Badens ou Marseillette devenait,
l'année d'après victime des fièvres pestilentielles.
Source
: Docteur Charles BOURREL, société d'études
scientifiques de l'Aude, tome XIX, 1908. |