Histoire de l'étang asséché de Marseillette


A l'ère tertiaire, il y a 2 à 10 millions d'années, le secteur était un ancien golfe. La mer latine poussait ses flots jusque dans cette trouée que bornent les collines du Minervois. La mer se retira, laissant dans la cuvette spongieuse un peu d'elle même. Des sédiments très fins, limons et argiles vinrent recouvrir, tel un manteau, les matériaux salés sous jacents. Ce furent deux mille hectares d'eau stagnante hérissés de roseaux et de salicornes, où viennent parfois chanter les cascatelles du ruisseau d'Aigues-Vives.

Au quaternaire récent, quelques centaines d'années, le fleuve Aude change de cours et emprunte le lit actuel. Il n'y a plus l'écoulement des eaux entre le fleuve et l'ancien golfe qui est devenu l'étang actuel.

Ce bassin fermé reçoit les eaux de trois ruisseaux, le Ruchol, la Resclause et l'Aigues-Vives, écoulement naturel d'un bassin versant de 15 000 hectares, provocant des surcharges en eau de l'automne et à la fin du printemps suivi par une forte dessiccation en été.

En l786, sa superficie est évaluée à 1 968 hectares. Le seigneur de Rieux en possède 400. Profondeur au-dessous des eaux moyennes : 3 mètres. L'abbé de Cannes, en tant que seigneur de Saint-Frichoux, l'abbé de Lagrasse, possessionné à Blomac, et le seigneur de Rieux, propriétaire d'une partie de l'étang, avaient des droits de pêche qu'ils pouvaient « arrenter » (louer). Il était convenu que si l'on pêchait un poisson de taille exceptionnelle, il serait apporté au château de Rieux.

Ce milieu palustre est totalement improductif du point de vue agronomique, mais un biotope naturel : c'est le royaume des colverts, sarcelles, poules d'eau, carpes et autres poissons, quelques hérons et surout les moustiques qui y pullulent, inoculant les populations riveraines de la peste, du choléra, et de fièvres malignes. Une épidémie décima les gens du pays. La nécessité d'assèchement de l'étang apparaît une évidence réalisable dés la fin du Moyen Âge ; les premiers essais datent de 1585 et 1630.
Sully rendit compte à Henry IV, qui manda des spécialistes Hollandais pour assécher l'étang. Les bénédictins pêcheurs des Abbayes de Lagrasse et de Caunes s'opposèrent farouchement à l'entreprise, exhibant un décret royal justifiant leurs droits. Cela dura un siècle et demi, jusqu'au jour où Roudil de Berriac seigneur de Rachin, maire de Carcassonne, entreprit l'assèchement et poussa les travaux pendant 8 ans et se ruina. L'ingénieur Toulousain Mr de Gripuy, tenta alors de réaliser les projets du Sire de Berriac mais après sa mort, on voulut transformer la vaste cuvette en gigantesque réserve d'eau pour le canal du Midi.
La retenue sera triple de celle des bassins de St Féréol et du Lampy, assurait l'ingénieur J.B. Lespinasse, en outre nous assainirons la contrée, nous irriguerons abondamment la campagne environnante et nous assurerons la navigation entre l'étang et Béziers. Mais les États du Languedoc s'opposèrent à leur tour à ces desseins, malgré la pression des descendants de Paul Riquet et celle du Général ingénieur Andreossy.
En 1786,
La révolution de 1789 fit de l'étang une propriété gouvernementale.
Messieurs Théodore Willeins et Thomas Howards, agent d'affaires et banquier Parisien, l'acquirent pour la somme de 70 400 francs.

Ce n'est qu'en 1804 que Marie-Anne Lawless, née Copinger, veuve de l'honorable Jean Lawless, acquit les 2 000 hectares de marécages pour la somme de 86 033 francs. Elle s'engagea a assurer en quatre ans leur dessèchement.
Elle quitta les brumes de Dublin pour les fastes des nuits parisiennes, où elle rencontra un jeune officier du nom de Bonaparte et devint momentanément son amie.
Pendant ce temps, les travaux commençaient dans l'étang. Mais ils étaient loin de se terminer lorsque expira le 22 mars 1808 le délai imposé par le contrat de vente. Comme le seigneur de Berriac, Mme de Lawless s'était ruinée.
Elle implora l'aide de son ami, qui grimpait allégrement au firmament de la gloire et faisait la pluie et le beau temps sur le sol français.
Napoléon ouvrit à Marie-Anne les caisses du trésor national, et l'étang fut asséché. Mme de Laswless procéda à son nivellement et y organisa quatorze campagnes ; elle reçut une médaille d'or, se ruina pour la mise en culture et mourut dans le dénuement.

Son héritière la Marquise de Rausset fut expropriée le 9 Mai 1844, avec 1 200 000 Francs de dédommagement, et la caisse hypothécaire acquit ce terrain ; Les terres de l'Étang sont salées. Il faudra les laver avec de l'eau douce pour permettre aux cultures de se développer. L'Étang reçoit l'autorisation de prélever de l'eau dans la rivière Aude. En 1850, un tunnel de 2 160 mètres fut percé à travers le pech de Naudy et permit par gravitation d'utiliser une partie des eaux de l'Aude. Les travaux étaient dirigés par l'ingénieur civil Barbier-Weymat.
Des kilomètres de drains furent nécessaires pour faciliter l'écoulement des eaux d'irrigation qui entraînèrentt peu à peu le sel du sol.
Une main-d’œuvre saisonnière nous vint d'Italie pour creuser ces drains, munie de la célèbre pelle italienne tranchante et apte à ce genre de travail. Alors, on vit, par la suite, fleurir de nombreuses familles franco-italiennes autour de l'étang. Cette main-d’œuvre, ainsi fixée, sera bénéfique pour la région.
Les populations, en contact avec l'Étang, ont applaudi à la réussite de l'assèchement de celui-ci pour des raisons de salubrité. De plus, l'opération a apporté une superficie de terres non négligeable à cultiver.

 

 

Retour à l'accueil